Chapitre 3

Patricia était occupée à rentrer les données de son dernier comptage d'enfants de salariés en vue de l'élaboration de l'arbre de Noël de la compagnie quand on frappa à la porte du bureau.

- Entrez ! dit Martine.

Un bel homme d'une trentaine d'années apparut alors dans l'encadrement de la porte. Vêtu d'un costume anthracite griffé (par son chat Pupuce, pas par Armani, on n'a pas de budget ) qui mettait particulièrement sa silhouette élancée et musclée en valeur, il adressa aux trois femmes un splendide sourire, faisant alors délicieusement froncer les coins de ses yeux rieurs et verts avec comme des petites paillettes noisette dedans.

Il était remarquablement beau, ses cheveux châtains chatoyaient sous les rayons du soleil qui perçaient derrière le store. Son visage parfaitement dessiné exprimait à la fois force et fondant et humanité (Barbara Cartland powaaa !).

- Bonjour mesdames, je suis Kévin Eacall votre nouveau chef de service responsable des bureaux du côté droit du couloir du 3e étage.

Et il s'avança vers chacune afin de leur serrer la main ce qui leur permit de s'apercevoir que le côté fesse pile était tout aussi magnifique.

- Enchantée M. Eacall s'exclamèrent Martine et Anne-Marie en se trémoussant et gloussant sur leur chaise comme deux grosses poules qui viendraient de trouver une petite cuillère.

- Enchantée, ajouta Patricia de sa voix morne et plate.

- Mademoiselle Mulloche je présume ? s'enquit Kévin.

- Ou..oui, c'est moi, bredouilla-t-elle étonnée.

- Pourriez-vous me suivre dans mon bureau je vous prie, j'aimerai avoir un entretien avec vous.

- Bien sur… Euh… maintenant ?

- Oui, maintenant.

Patricia se leva et suivit Kévin. Anne-Marie et Martine restèrent quelques secondes muettes de surprise puis commencèrent à échafauder différentes explications à cette étrange convocation.

- Elle va se faire virer ! dit Martine, elle a du faire une grosse bourde, godiche comme elle est ça serait pas étonnant, la direction s'en est rendue compte et ils ont chargé le nouveau de la mauvaise nouvelle.

- Ou alors c'est juste pour un blâme… Tu te souviens il y a deux mois, elle devait compter la réserve de trombones, et comme elle n'avait pas vu qu'il y avait une boîte qui avait glissé derrière l'étagère, son chiffrage était faux, et elle avait du tout recommencer, ce qui a duré 3 jours de plus que nécessaire. C'est le genre de faute professionnelle qui mérite un blâme mais pas un licenciement, répliqua Anne-Marie.

- Hum… moui… mais tu conviendras que Patricia n'est quand même pas la collègue idéale ! Certes elle ne dit jamais un mot plus haut que l'autre, elle ne critique rien ni personne, mais justement… c'est louche ça ! Normalement, tu as forcement un avis sur les gens… ben elle, nan, rien… tu parles d'une faux Q ! Ahhh et puis avec son regard bovin sous son affreuse frange, ce qu'elle m'agace ! J'ai toujours envie de la secouer pour voir si parfois elle se départit de ce calme absolu.

- Hihihi, ricana Anne-Marie, tu y vas un peu fort ! Mais c'est vrai qu'on se demande toujours ce qu'elle pense. Elle est tellement neutre que ça ne paraît presque pas humain…

Et elles continuèrent encore jusqu'à la pause déjeuner à débiner consciencieusement Patricia et à imaginer le pire pour elle et sa carrière au sein de la Jak Cie.

A suivre à pister